Tribune : Pour Paolo Dall’Oglio par Eglantine Gabaix-Hialé

Article  •  Publié sur Souria Houria le 28 janvier 2014

Texte écrit par Eglantine Gabaix-Hialé, journaliste. Elle a coécrit avec Paolo Dall’Oglio, « La Rage et la lumière », un prêtre dans la révolution syrienne, Éditions de l’Atelier, mai 2013.

« Elle ne sait rien. Ses enfants ne lui ont pas dit. Elle attendra jusqu’à la fin le retour de ce fils, prisonnier du régime. Mais eux savent. Que son fils et leur frère est mort, qu’il a été tué. Le corps ne leur sera pourtant jamais rendu. C’est comme si on leur avait aussi enlevé son au-delà. Combien ont disparu dans les prisons syriennes ? Combien aujourd’hui sont otages de ceux-là mêmes qui prétendaient combattre ce régime ? Ils sont médecins, ouvriers, paysans, journalistes, prêtres ; combattants ou simples quidams se trouvant là au mauvais moment ; musulmans, chrétiens, Syriens, Kurdes, Occidentaux. Enlevés en représailles, enlevés en chantage, enlevés pour rien, pour distiller la peur. Trésors pillés d’une guerre qui n’a plus de règle, si elle en a jamais eu. Il y a les morts, bien sûr, il y a les morts, près de 140.000, il y a ces cinq millions de Syriens qui ont pris le chemin de l’exil, et ces centaines de milliers de blessés, amputés, laissés sans soin faute de médicaments, d’hôpitaux, de soignants. Et il y a vous, les kidnappés, torturés parfois, tués à l’occasion, morts vivants dont nul ne connait le sort, ni le nombre exact, errant dans les limbes de nos espérances, de nos incertitudes, de nos inquiétudes. Comment porter votre deuil si nous vous espérons en vie ? Comment espérer encore votre retour si nous vous croyons morts ?

Et de toi Paolo, parti négocier la libération de certains otages, nous ne savons plus rien non plus depuis six mois. Par toi, nous partageons la souffrance de ces familles, de ces amis dont un proche a disparu. Et si nous nous réunissons aujourd’hui en ce 29 janvier, à Paris, à Rome, à Beyrouth, à Bruxelles, à Berlin, à Souleymaniyé en Irak, c’est pour qu’où que tu sois tu entendes nos voix et saches que toi et ton combat sont encore vivants en nous. La mosaïque syrienne est en train de voler en éclats, mais il n’est pas trop tard pour en rassembler les morceaux. Ce portrait de toi que nous affichons, nous voudrions qu’il soit le reflet de tous ces visages arrachés à leur vie. C’est en leur nom à tous que nous sommes ici, nous les amis de longue date, membres de la société civile ou Syriens en exil. Réclamer ta libération n’aurait pas de sens si elle ne s’accompagnait de celles de tous les autres. Tu étais parti pour eux ; avec eux, parmi eux, tu reviendras.

Alors, libérez les vivants car c’est un combat de lâches, un marché de dupes. Déterrez les morts, rassemblez leurs cendres dispersées, et donnez-leur un nom. Rendez les corps, des vivants et des morts, aux vivants et aux morts. »

Eglantine Gabaix-Hialé, journaliste, a coécrit avec Paolo Dall’Oglio, La Rage et la lumière, un prêtre dans la révolution syrienne, Éditions de l’Atelier, mai 2013.

 

Pour Paolo Dall’Oglio, dont les 6 mois de captivité donneront lieu à des manifestations de soutien le 29 janvier 2014 à Paris, 18h30 sur l’Esplanade des droits de l’Homme au Trocadéro, à Bruxelles, Marseille, Grenoble, Le Mans, Beyrouth, Dubaï et Doha, à Rome, Berlin, Londres, Souleymanie, Montréal, Genève.

 

Pour voir les détails de cet événement : 29012014-paris-liberte-pour-paolo-liberte-pour-tous-les-detenus-en-syrie-paris



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