Un assassinat confirme le soutien de Téhéran à Damas – par Delphine Minoui

Article  •  Publié sur Souria Houria le 17 février 2013

Tué par des rebelles syriens, Hassan Chateri, qui se présentait comme un envoyé spécial de Téhéran en charge de la reconstruction au Liban, était en fait un commandant des gardiens de la révolution en mission secrète.

Correspondante au Caire

Sur sa carte de visite, frappée du drapeau iranien embrassant un Cèdre, il s’appelait Hessam Khochnevis, «directeur du comité iranien pour la reconstruction du Liban». Dans sa vraie vie, l’envoyé spécial de Téhéran chargé de remettre sur pied à coup de pétrodollars iraniens la banlieue chiite de Beyrouth, ratiboisée par les missiles israéliens de 2006, avait pour vrai nom Hassan Chateri. À l’ombre de ses activités «caritatives», il n’était autre qu’un cadre haut placé des gardiens de la révolution en mission secrète à Beyrouth.

Jeudi, la révélation posthume de sa véritable identité par l’agence de presse Fars, après l’annonce de son assassinat entre Damas et le Liban par des rebelles syriens a mis fin au mystère qui planait sur cet étrange personnage à la barbe poivre et sel. Surtout, elle a permis d’offrir une pièce à conviction au lien triangulaire – souvent difficile à prouver – qui unit Téhéran, Damas et le Hezbollah libanais et que la chute d’Assad mettrait en péril.

Secret d’État

En persan, «Khochnevis», signifie «celui qui écrit bien». Un nom taillé sur mesure pour cet homme au double visage, dont la mort a trahi la fiction dont il était l’auteur. Des rares informations qui circulent aujourd’hui sur ce double personnage, on sait qu’il était un vétéran de la guerre Iran-Irak: un conflit de huit ans pendant lequel il fit ses preuves au sein des pasdarans, l’armée d’élite du régime. Rapidement repéré par ses supérieurs, il intègre ultérieurement la Force al-Qods, son unité spéciale chargée des opérations à l’étranger, pour laquelle il part en Afghanistan dès la chute du régime taliban, en 2001. Mais quand il arrive au Liban, en 2006, à la fin de la guerre entre Israël et le Hezbollah chiite, c’est sous l’étiquette de «M. Reconstruction» qu’il pose ses valises. L’homme ne cache pas ses affinités avec le Parti de Dieu – son partenaire dans la remise sur pied de Dahiyé, la banlieue Sud de Beyrouth. Pour le reste, c’est secret d’État.

«Il m’était apparu comme quelqu’un de très sérieux et très austère», se souvient le journaliste libanais Raed Rafei, qui l’interviewa en 2007 pour le Los Angeles Times dans le cadre d’un article sur le rôle iranien dans la reconstruction du Sud-Liban. «Contrairement aux autres pays, nous ne disposons pas d’un budget fixe pour la reconstruction du Liban (…) La République islamique a décidé de dépenser autant qu’il le faut sur le terrain», avait alors confié Hessam Khochnevis au reporter, en mettant en avant la «générosité iranienne» – une aide équivalant, à l’époque, à 155 millions de dollars (environ 25 millions de plus que l’aide américaine). «L’entretien, en langue arabe, s’était déroulé sans traducteur dans son bureau de Haret Hreik (où se trouve le «périmètre de sécurité» du Hezbollah, au cœur de la banlieue Sud). Sur le mur, il y avait une grande carte de Dahiyé. Il semblait très concentré sur son dossier», ajoute Raed Rafei.

50.000 combattants iraniens en Syrie

Jeudi, c’est avec surprise qu’il a reconnu la photo de son interlocuteur dans les médias évoquant sa disparition, mais sous un autre nom, et une autre identité. D’ailleurs, c’est dans la confusion la plus totale que l’assassinat de «l’agent iranien» a d’abord été annoncé. Tandis que le Hezbollah et l’ambassade faisaient aussitôt part de «la mort des mains des terroristes» de «l’ingénieur Hessam Khochnevis» lors de son trajet entre Damas et Beyrouth, l’agence Fars publiait un communiqué des pasdarans précisant que le général Hassan Chateri était tombé dans une embuscade tendue «par des mercenaires à la solde de l’entité israélienne»… Avant de mettre fin au mystère, quelques heures plus tard, en précisant qu’il s’agissait du même et unique personnage.

Bien que démentie par Téhéran, l’implication des gardiens de la révolution en Syrie est régulièrement évoquée dans les capitales occidentales. Lundi encore, le quotidien américain Washington Post citait une source de l’Administration Obama évoquant la présence d’au moins 50.000 combattants iraniens sur le territoire syrien. Quand au fameux «Khochnevis», il avait en fait retenu l’attention de Washington dès le début de l’année 2010, date à laquelle le département du Trésor américain l’avait placé sur sa liste de sanctions renforcées en l’accusant d’apporter un soutien financier, matériel et technique au Hezbollah. Aujourd’hui, le fait est que la révélation de la double identité du personnage – qui s’apparente à une erreur de coordination entre différentes institutions iraniennes – vient confirmer, en grandeur réelle, l’ingérence iranienne en Syrie.

source : http://www.lefigaro.fr/international/2013/02/15/01003-20130215ARTFIG00422-un-assassinat-confirme-le-soutien-de-teheran-a-damas.php

date : 15/02/2013



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