Une grande partie des souks d’Alep serait réduite en cendres – par Mariam Karouny

Article  •  Publié sur Souria Houria le 30 septembre 2012

AP

BEYROUTH (Reuters) – Une grande partie des souks couverts d’Alep, les plus grands au monde et classé au patrimoine mondial de l’Unesco, est partie en fumée dans les combats qui ont opposé ce week-end les forces gouvernementales aux rebelles pour le contrôle de la ville.

Le vieux marché, dont l’histoire remonte au XIVe siècle, avait réussi à échapper aux précédentes attaques, mais ses échoppes ont pris feu samedi matin lors de combats, quoique dans des circonstances encore non élucidées.

Les flammes se sont propagées rapidement, en partie parce que de nombreuses échoppes, serrées contre les voûtes du vieux souk, renferment de précieuses étoffes. Au moins 1.500 boutiques ont pris feu et continuent encore de brûler, ont rapporté des activistes.

« Il n’y a pas que le souk qui brûle, mon coeur aussi brûle », a confié Hashem, un opposant au gouvernement qui a appris l’art de la joaillerie dans le vieux marché, avant le début du soulèvement.

La vieille ville d’Alep fait partie des lieux classés au patrimoine mondial de l’Unesco et aujourd’hui en danger.

Selon l’agence onusienne, cinq des six sites syriens classés au patrimoine mondial, parmi lesquels figurent les ruines de Palmyre, le Krach des chevaliers et plusieurs quartiers du vieux Damas, ont été endommagés par les affrontements.

Les circonstances de l’incendie du vieux souk de Damas n’ont pas encore été élucidées. Les activistes de l’opposition accusent les forces gouvernementales d’avoir utilisé des balles incendiaires pour attaquer les rebelles qui avaient pris position dans le marché après avoir lancé une nouvelle offensive contre la ville jeudi.

TREIZE KM DE LONG

« Les combattants (rebelles) ont tenté d’éteindre le feu mais ils ont échoué à cause des tirs de tireurs embusqués », a déclaré un activiste. « Le feu fait toujours rage et au moins 1.500 échoppes sont maintenant parties en fumée. »

Le vieux marché d’Alep, qui regroupe un réseau d’allées cintrées en pierres pavées et de façades sculptées dans du bois, était l’une des principales attractions touristiques de la ville, après avoir longtemps été un important centre de commerce sur la « route de la soie » venant de Chine.

Mises bout à bout, les nombreuses ruelles du vieux souk d’Alep atteignent 13 kilomètres de longueur, ce qui en fait le plus grand marché couvert au monde.

Les activistes ont dit être en train d’évaluer l’étendue des dégâts, alors que les réparations sont déjà estimées à plusieurs millions de dollars.

Certains membres de l’opposition ont exprimé en privé leur colère envers leurs propres combattants, leur reprochant d’avoir pris position dans la vieille ville.

« Nous savons tous que c’est un régime criminel et qu’il fera n’importe quoi », a déclaré un activiste sous couvert d’anonymat. « C’est pourquoi les combattants n’avaient rien à faire dans le souk. Pourquoi sont-ils allés là-bas? »

D’autres ont en revanche défendu leur comportement.

« Le feu a pris jusqu’à la mosquée des Omeyyades, les combattants ont réussi à le maîtriser », a dit Yasser, un autre activiste. « A ceux qui demandent pourquoi ils se trouvaient dans la vieille ville, nous répondons que nous sommes seulement entrés pour la libérer. »

« PEUPLE MASSACRE »

Les rebelles ont par ailleurs rapporté avoir participé à de violents affrontements dimanche à Alep, et avoir attaqué la base aérienne militaire de Neirab. Ils ont fait état de combats à Radoub, dans l’est de la ville.

Des combats ont aussi été signalés par l’opposition dimanche dans la banlieue de Damas et au moins huit corps ont été retrouvés dans le quartier nord de Barzeh. Des affrontements ont aussi éclaté dans certains quartiers de Homs.

La télévision d’Etat a déclaré qu’une attaque suicide avait tué au moins quatre personnes dans la ville de Kamichi, dans le nord du pays. L’Observatoire syrien des droits de l’homme, une ONG basée à Londres et proche de l’opposition, a dit qu’au moins huit membres des forces de sécurité avaient été tués dans l’explosion qui visait un poste de police.

Sur le front diplomatique, le président égyptien Mohamed Morsi s’est dit partisan d’une solution diplomatique facilitée par la Ligue arabe, les Nations unies et certains autres pays, alors qu’il s’exprimait lors du congrès de l’AKP, le parti au pouvoir en Turquie, à Ankara.

Il a déclaré que le peuple syrien était « massacré et tué jour et nuit » et qu’il soutenait totalement son combat pour renverser Bachar al Assad.

« Ce régime oppresseur verse le sang de la population et le peuple syrien doit gagner sa pleine liberté », a-t-il dit.

Avec Marwa Awad au Caire; Hélène Duvigneau pour le service français



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