Une semaine en Syrie auprès des résistants – par Agnès ROTIVEL

Article  •  Publié sur Souria Houria le 21 décembre 2011

Stephen Dock, photographe français de 23 ans, est passé clandestinement fin novembre en Syrie par la frontière turque. Après avoir atterri à Antakya (Antioche) en Turquie, il a rejoint l’Armée syrienne libre (ASL) dans la province d’Idlib, une région montagneuse du nord-ouest du pays.

L’ASL est composée de quelques milliers de déserteurs qui ne sont pas retournés à leurs casernes à l’issue d’une permission, ou de policiers. Son quartier général est installé dans la province d’Hatay, en Turquie, limitrophe de la Syrie.

Le service de renseignement turc (Milli Istibarat Teskilati) contrôlerait ses mouvements. Un agent du ministère turc des affaires étrangères répond aux demandes d’entretien que les journalistes veulent réaliser avec le chef de l’ASL, le colonel Riad El Assaad (sans lien de parenté avec le président Bachar Al Assad).

Après deux jours et demi d’attente à la frontière turque, le jeune photographe obtient l’autorisation pour son passage, le samedi 26 novembre. Pris en charge par quatre hommes, il traverse des champs, puis une rivière à la nage. De l’autre côté, il est accueilli par cinq Syriens, en civil, sans arme. Ils se présentent comme des « révolutionnaires », explique Stephen Dock. De là, ils embarquent à bord d’une voiture avec un arrêt à Al-Kastan, village de la province d’Idlib.

« Le premier soir, ils m’ont fait rencontrer cinq nouveaux déserteurs. Ils avaient entre 28 et 35 ans. Parmi eux, un officier. Ils m’ont dit qu’ils rejoignaient l’Armée syrienne libre parce qu’ils ne trouvaient plus leur place dans une armée qui tue son propre peuple. Tous avaient emmené leur famille en sécurité en Turquie, à cause des risques de représailles. »

DÉSERTEURS OU ESPIONS À LA SOLDE DU RÉGIME ?

Quelle preuve l’ASL a-t-elle qu’il s’agit bien de déserteurs et non d’espions à la solde du régime ? « Quand ils demandent à rejoindre l’ASL, ils doivent donner des informations sur l’armée régulière, qui permettent à l’ASL de mener ensuite des opérations contre elle. Certains m’ont rapporté que ces informations avaient permis de faire sauter un char de l’armée régulière ou de piller une armurerie. L’ASL redoute les espions »,  rapporte Stephen Dock.

«   Un jour une discussion a éclaté entre un groupe de résistants et un cheikh  (NDLR : un homme respecté pour ses connaissances religieuses)sur le sort d’un espion du régime démasqué au sein de l’ASL. La majorité réclamait son exécution, le cheikh essayait de tempérer et de les convaincre que tuer était contraire au Coran. »

Au cours de son séjour dans cette région, il n’y a pas eu d’offensive de l’armée. Stephen Dock a eu l’occasion d’assister à une manifestation dans une petite localité. « Il y avait environ 2 000 hommes de tous âges. Les femmes n’y participent pas, elles restent aux fenêtres. Ils brandissaient des pancartes où était écrit “Bachar dégage”, parfois dans plusieurs langues. »

Stephen Dock assiste à l’enterrement d’un jeune militaire, tué pour avoir refusé de tirer sur la population. « Il avait été torturé dans un hôpital à Homs par un “médecin iranien”, disaient les combattants, avant que son corps ne soit restitué à sa famille. »

JEUNES ET INEXPÉRIMENTÉS

Les hommes rencontrés sont jeunes, inexpérimentés. Parmi eux, des étudiants de Damas, Lattaquié, Hama, Idlib et aussi un ingénieur en Arabie saoudite, rentré en Syrie se battre. Ils sont équipés de kalachnikovs, de fusils de chasse, parfois d’un lance-roquettes, des armes locales, prises à l’armée lors d’une embuscade ou acheminées via la Turquie ou le Liban.

« Ils mangent à leur faim,  dit-il, passent des heures, parfois des jours à attendre, à fumer des cigarettes ou le narguilé. Quand il y a une opération militaire, c’est jour de fête. Enfin de l’action. Pour communiquer, ils sont équipés de valises satellites. Dès qu’ils peuvent profiter d’un ordinateur, ils se connectent sur Facebook ou sur Skype pour joindre des amis, en Europe ou ailleurs. L’un d’entre eux transmettait tous les jours des informations à la chaîne qatarienne, Al-Jazira. »

Au moment de repartir, Stephen Dock apprend que deux de ses passeurs ont été tués lors d’une opération militaire, les deux autres ont été emprisonnés. L’un des deux meurt peu après. Pris en charge par d’autres passeurs, il repart le 9 décembre en Turquie, à travers des petites routes, en voiture et en moto.

source: http://www.la-croix.com/Actualite/S-informer/Monde/Une-semaine-en-Syrie-aupres-des-resistants-_EG_-2011-12-20-748905



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