Urgence humanitaire pour les assiégés d’Homs- par Christophe Ayad et Laure Stephan

Article  •  Publié sur Souria Houria le 29 février 2012

« Baba Amro et Inchaat sont au bord de la mort ; la détresse des résidents ne cesse de grandir », écrivent, lundi 27 février, les militants du Conseil révolutionnaire d’Homs sur Internet. Ces deux quartiers rebelles et voisins, dans le sud-ouest de la « capitale de la révolution », sont particulièrement exposés à l’offensive lancée par le régime de Bachar Al-Assad depuis le 3 février. Le Croissant-Rouge syrien, qui distribue, en coordination avec le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), de l’aide (nourriture, couvertures, aide médicale d’urgence, kits d’hygiène) dans d’autres parties de la ville, ne peut même pas y pénétrer.

Nul ne sait aujourd’hui combien, des 20 000 habitants de Baba Amro avant l’offensive, sont toujours présents. Les résidents restés sur place se terrent, pour échapper aux bombardements à l’arme lourde et aux combats entre les groupes armés se réclamant de l’Armée syrienne libre (ASL) et les troupes régulières. « Baba Amro est l’un des deux quartiers où la situation est la plus critique, à Homs. Karm Al-Zeitoun (sud-est) est aussi très touché. Il n’y a pas de communications, pas d’électricité, pas de nourriture qui rentre. L’eau manque, affirme Abou Adham, un Syrien originaire d’Homs, installé à l’étranger. Les soins aux blessés sont de plus en plus difficiles. »

Lundi, le Croissant-Rouge syrien est parvenu à évacuer trois blessés de Baba Amro ; vendredi, sept blessés avaient été déjà escortés par l’organisation vers l’hôpital Al-Amine, attenant au quartier rebelle. Des opérations limitées par les combats, mais que le Croissant-Rouge syrien et le CICR voudraient multiplier : « Pour cela, nous continuons à demander un cessez-le-feu humanitaire d’au moins deux heures par jour », explique Saleh Dabbakeh, porte-parole du CICR à Damas.

De retour à Paris après une mission à Inchaat, assiégé par l’armée, Jacques Bérès, 71 ans, chirurgien et cofondateur de l’organisation non gouvernementale Médecins sans frontières (MSF), raconte « des conditions d’opération difficiles, notamment à cause de l’éclairage défectueux et des pannes de courant. La clinique était installée dans un appartement privé. Les gens ne veulent pas aller à l’hôpital où ils risquent d’être arrêtés ou torturés ».

Lors de son déplacement, du 8 au 24 février, dans le village de Qussair puis à Homs, le médecin a été confronté, chaque jour, à de nouveaux blessés, « des civils pour la plupart, des vieillards, des femmes, des enfants ». Selon lui, l’évacuation des blessés les plus graves, qui se faisait auparavant vers le Liban, est devenue impossible.

M. Bérès, parti clandestinement en Syrie à l’initiative de l’ONG France-Syrie Démocratie et de l’Union des associations musulmanes de Seine-Saint-Denis, évoque aussi un quotidien, dans le quartier d’Inchaat, où « l’eau, l’électricité et le fioul sont les denrées qui manquent le plus. Il n’y a plus d’eau en bouteilles, seulement des jus de fruits et du thé. Je n’ai pas entendu parler de cas de manque de nourriture, mais les gens se nourrissent de pain, de riz et de mandarines ». Les boulangeries encore ouvertes se font rares. La trêve demandée par le CICR permettrait de fournir à Baba Amro et Inchaat nourriture et assistance médicale.

Une source humanitaire évoque toutefois, dans ces lieux sinistrés, une situation différente selon les quartiers : « Seule une partie de Baba Amro est tenue par les rebelles. Là où se livrent les combats, personne ne peut sortir. Dans les autres quartiers, c’est aléatoire. Les gens limitent leurs déplacements au maximum. Quand une accalmie le permet, certains vont encore se ravitailler dans des épiceries de quartier. »

Un scénario rendu impossible, lundi, par les intenses tirs de barrage de l’armée syrienne sur les quartiers de Khaldiyé et la vieille ville d’Homs. Sur des vidéos, les rideaux de fer des magasins apparaissent baissés dans le quartier central de Boustane Al-Diwani, où vit la minorité chrétienne. Une source religieuse au Liban, en contact avec les chrétiens d’Homs, estime que 90 % de la communauté a fui. « Ceux qui sont encore dans le quartier de Boustane Al-Diwani restent enfermés chez eux. Ils ont peur. Ils survivent avec le peu qu’ils ont. Ils ont besoin d’aide », indique-t-elle.

« L’aide humanitaire est nécessaire, mais ce n’est pas de faim ou de maladie qu’on meurt à Homs, insiste le chirurgien Jacques Bérès. On y meurt des balles et des obus tirés par l’armée et les snipers. »

Depuis début février, deux convois d’aide ont été acheminés par le CICR et le Croissant-Rouge syrien vers Homs. « Nous fournissons aussi du matériel aux hôpitaux privés qui continuent de fonctionner dans la ville, ajoute M. Dabbakeh. Le Croissant-Rouge syrien, de son côté, délivre du lait ou de la nourriture pour bébés. »

Tandis que l’attention médiatique se concentre sur Homs, les militants s’inquiètent que la répression en cours à Hama, à Deraa et à Idlib passe inaperçue. A Hama, le CICR et le Croissant-Rouge syrien ont fait parvenir, lundi, des colis alimentaires couvrant les besoins de 12 000 personnes durant un mois. Aucun convoi n’avait rejoint la ville d’un demi-million d’habitants depuis la mi-janvier.

source: http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2012/02/28/urgence-humanitaire-pour-les-assieges-d-homs_1649312_3218.html#ens_id=1481132



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