Voir Genève ou mourir, entretien avec Salam Kawakibi – par Vincent Braun

Article  •  Publié sur Souria Houria le 21 janvier 2014

INTERNATIONAL L’opposition syrienne doit participer à la conférence de paix, dit Salam Kawakibi.

Syrie Entretien Vincent Braun

La coalition nationale syrienne (CNS), le principal groupe d’opposition – extérieure – au pouvoir, doit décider ce week-end de sa participation à la conférence de paix pour la Syrie, qui s’ouvrira le 22 janvier à Montreux et se poursuivra à Genève, en Suisse. Pour Salam Kawakibi, directeur adjoint de l’Arab Reform Initiative, un collectif d’instituts de recherche basé à Paris, elle doit se rendre à ce rendez-vous. « Je pense que si l’opposition n’y participe pas, elle sera perdante à tous les niveaux. Participer à une négociation de cette nature, c’est une reconnaissance de la part de la communauté internationale et aussi du régime, même si celui-ci nie qu’il a en face de lui une composante politique qui parle au nom d’une partie des Syriens qui refusent sa pérennité. Autre facteur, les Etats-Unis ont décidé de toute façon de se réunir le 22, avec ou sans l’opposition. Alors si elle n’arrive pas à composer sa délégation et à participer, cela fera vraiment une chaise vide. Et le pouvoir en profitera. »

Les conditions sont-elles réunies ?

Les conditions ne sont pas du tout réunies, mais aller à Genève me semble une chose à ne pas rater. Genève sera surtout un événement qui va satisfaire les Américains et les Russes parce qu’ils auront réussi à réunir les Syriens autour d’une table. Ce sera le début d’un processus. L’essentiel pour eux c’est de produire un effet d’annonce.

Pourquoi Damas veut-il finalement dialoguer avec l’opposition/rébellion qu’il considère depuis le début comme des terroristes ?

Le pouvoir syrien a envoyé un message très clair en composant sa délégation uniquement de diplomates. Il n’y a aucune présence militaire ou politique apparente dans la délégation. Ce sont des gens dont on parle beaucoup mais qui n’ont aucun pouvoir politique. Pour un oui ou pour un non, ils retournent vers leurs décideurs, qui ne sont même pas au Palais présidentiel mais dans différents services de sécurité. Cette composition est une manière de montrer qu’il s’agit d’une négociation internationale, et pas sur le plan intérieur. Le pouvoir ne négocie pas avec une opposition syrienne, mais avec les forces étrangères qui essaient d’envahir la Syrie. Pour lui, il ne s’agit pas d’une révolution, pas même d’une guerre civile, mais d’un complot international. Cela montre que le régime n’attend pas grand-chose au niveau intérieur, il attend de négocier avec la communauté internationale et pas avec les Syriens.

Les résultats de la première conférence de paix de Genève devaient constituer le socle de Genève 2. Cela ne semble plus être le cas, puisque les Etats-Unis font circuler l’idée que Bachar al Assad pourrait rester, étant mieux à même de lutter contre les islamistes radicaux.

La condition préalable était de se baser sur les six points de Genève 1, mais aujourd’hui les Etats-Unis abandonnent cette idée. Ils font montre d’une volonté de se débarrasser de ce dossier à n’importe quel prix, sans jouer aucun rôle constructif. L’indécision américaine est remarquable. Ce qui n’est pas le cas de la diplomatie russe qui a maintenu une ligne très claire et très habile pour soutenir le régime syrien. Ces hésitations et ces contradictions dans les propos américains font peur à l’opinion publique syrienne. Elle n’a aucune confiance dans l’administration américaine.

Genève 2 débouchera-t-il sur un compromis ?

Je pense qu’il n’y aura pas de compromis. Dans le meilleur des cas, il y aura quelques gestes pour restaurer la confiance, comme (la mise en place) de corridors humanitaires dans les zones les plus sinistrées, des cessez-le-feu partiels dans les endroits où la crise humanitaire est très critique, ou des échanges de prisonniers (ce que Damas a proposé vendredi, NdlR). Genève va durer au moins deux semaines et puis il y aura des groupes de travail. Si ces groupes arrivent à des résultats tangibles, il y a aura peut-être un peu plus de travail sur le fond. Mais l’opposition aura besoin d’un soutien réel. Elle arrive à Genève 2 très affaiblie. Pas seulement par ses divisions mais aussi par sa perte de crédibilité et sa perte de contrôle sur les forces armées. On lui demande beaucoup de choses qui dépassent largement ses capacités.

Source: http://www.lalibre.be/actu/international/voir-geneve-ou-mourir-52da06813570ba3e183cb2e6



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