Yarmouk : un camp sans espoir pour un peuple sans terre – By Robert Fisk

Article  •  Publié sur Souria Houria le 22 janvier 2014

Lieu de vie de 250 000 Palestiniens, à peine 18 000 d’entre eux vivent encore aujourd’hui à Yarmouk. Près de 1500 sont morts, dont beaucoup à cause de la famine.

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L’opposition armée à Bachar al-Assad a toujours eu pour objectif de faire de Yarmouk son camp retranché

 

Peu de temps après le début de la guerre civile syrienne, depuis les hauteurs de la montagne Qasioun au nord de Damas, je regardais avec des amis syriens les premiers obus exploser sur le camp palestinien de Yarmouk. L’artillerie de l’armée syrienne derrière nous tirait de temps en temps, peut-être une salve toutes les cinq minutes, et un petit nuage de fumée se levait dans ​​la brume de chaleur à distance. « A présent, ils sont emmêlés dans une autre guerre ! » me dit méchamment une de mes connaissances syriennes . « Ils ne savent pas s’ils sont des rebelles ou des hommes de Bachar. »

Pitié pour les Palestiniens ! Ce sont d’éternels réfugiés : de la Palestine en 1947-48, de Jordanie en 1970-1901, du Liban en 1982, du Koweït en 1991 et maintenant de la Syrie. Après avoir été expulsés de leurs terres en Palestine mandataire, en mini- guerre contre l’armée du roi Hussein de lJordanie, du côté des musulmans et de la gauche au Liban, du côté de Saddam après l’invasion du Koweït, les Palestiniens ont été condamnés par les divisions politiques en Syrie, un pays lui-même autrefois considéré comme l’avant-garde du peuple palestinien .

Traités avec un certain respect en Syrie – ils pouvaient obtenir un passeport, posséder leurs propres maisons et avoir un emploi – les Palestiniens ont bénéficié d’un soutien absolu du parti Baas. Mais une fois le pouvoir de Bachar remis en cause, les vieux dogmes et les rivalités ont conduit les Palestiniens dans une situation désespérée. Le Hamas , qui avait maintenu son siège à Damas sous la direction de Khaled Mechaal, s’installa à Doha et se plaça dans l’opposition au régime syrien. Le Fatah, oublieux de sa propre vaste diaspora, espérait que ses partisans réussiraient là où Yasser Arafat avait échoué : c’est-à-dire rester à l’écart de la guerre.

Mais le parti Baas syrien ne pardonne pas aux traîtres. Ceux qui ont essayé de rester neutres ou qui se sont opposés au pouvoir en Syrie en paieraient le prix. Seul le Front Populaire pour la Libération de la Palestine-Commandement général – qui en réalité peut avoir été responsable de l’attentat de Lockerbie, sans parler de l’ assassinat de Rafic Hariri, (n’en dites rien à La Haye en ce moment), sont restés fidèles .

Et bien sûr, l’Armée syrienne libre, les combattants nationalistes d’Al Nusra et les islamistes « modérés » se sont installés dans Yarmouk, de la même façon qu’ils ont investi d’autres banlieues de Damas.

Il y avait des signes aujourd’hui que l’intervention palestinienne depuis Beyrouth pourrait permettre à quelques Palestiniens de quitter Yarmouk, mais ce camp est depuis longtemps un lieu où l’on meurt de faim, rempli de gravats. De ses 250 000 Palestiniens à l’origine, à peine 18 000 y subsistent maintenant. Jusqu’à 1500 d’entre eux sont morts, beaucoup d’entre eux à cause de la faim . Des 540 000 réfugiés palestiniens enregistrés en Syrie, 270 000 sont sans-abri à l’intérieur du pays et 80 000 ont fui, deux tiers d’entre eux vers le Liban. Jusqu’à 11 000 sont en Jordanie, 5000 en Égypte, un petit nombre dans la bande de Gaza abandonnée de tous.

Yarmouk et d’autres camps en Syrie – les réfugiés du camp de Raml au nord de Homs survivent maintenant dans les villages environnants – ont été mis en place, comme les autres grandes fosses de misère dans le monde arabe, pour les Palestiniens qui ont été chassés de leurs foyers dans ce qui allait devenir Israël. Mais au milieu des tueries en Syrie, qui se soucie maintenant des Palestiniens ?

Au Liban, les ONG palestiniennes parlent avec des sentiments profonds de leur histoire, de la façon dont la mort d’Ariel Sharon le week-end dernier à réveillé les souffrances endurées par les Palestiniens sous le joug d’Israël au Liban et lors des massacres de Sabra et Chatila en 1982. « Même la bourgeoisie palestinienne est en train de se retrouver impliquée », me déclare un membre du « Front démocratique » de la gauche palestinienne. « Partout il y a des manifestations. »

En Cisjordanie occupée et en Israël, les chrétiens Palestiniens – se souvenant du sort des chrétiens de Syrie aux mains des rebelles islamistes – sont réticents à condamner Bachar al-Assad. L’Autorité palestinienne qui a envoyé son propre envoyé en Syrie, manifeste peu d’intérêt pour la diaspora palestinienne. Le « droit au retour » est depuis longtemps une carte sans valeur, après que les Israéliens aient constellé la Cisjordanie de leurs propres colonies .

Et comble de l’ironie : les États-Unis – qui pendant des décennies ont laissé carte blanche à Israël pour maltraiter les Palestiniens et coloniser leurs terres – ont exprimé leur préoccupation pour la situation « terrible » des Palestiniens en Syrie. « Nous sommes punis maintenant par les Arabes comme par les Israéliens, » me dit encore l’homme du Front démocratique. « Et maintenant, les Américains se sentent désolés pour nous ! »

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* Robert Fisk est le correspondant du journal The Independent pour le Moyen Orient. Il a écrit de nombreux livres sur cette région dont : La grande guerre pour la civilisation : L’Occident à la conquête du Moyen-Orient.

source: http://www.info-palestine.net/spip.php?article14348#.UtunPhebbIs.facebook



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