Les soulèvements arabes entre la révolution et la contre-révolution Par Omar Al Assaad

Article  •  Publié sur Souria Houria le 10 février 2015

Les soulèvements arabes entre la révolution et la contre-révolution avec Gilbert AKKAR par Omar AL-ASAAD – Traduit par Léa Plee pour Souria Houria

Photo_عمر الأسعد

Le septième colloque mensuel organisé par l’association Souria-Houria et dirigé par Farouk MARDAM BEY, écrivain et éditeur syrien, a reçu Gilbert ACHKAR penseur et chercheur libanais, sous le thème « Les révolutions arabes entre la révolution et la contre-révolution ».

ACHKAR évoque en premier ce qu’il appelle l’étincelle révolutionnaire, partie de la Tunisie pour ensuite gagner un certain nombre de pays arabes. Il estime que ces soulèvements sont le résultat de circonstances politiques, économiques et sociales similaires, entre les différents pays arabes qui ont vécu une obstruction de l’horizon politique, aggravée par la problématique de la succession et qui, dans certains pays, sont à l’origine des crises ayant donné des raisons communes pour mener des révolutions aspirant à changer les situations actuelles établies.

Achkar estime que les premières forces qui se sont opposées à ces révolutions étaient « l’Etat Profond » avec son pouvoir militaire. A cet effet, il cite comme exemple le rôle que ce pouvoir militaire a joué dans la révolution égyptienne, avant la chute de Moubarak, leur prise du pouvoir après Moubarak avec le Conseil Militaire, ainsi que leur rôle dans le renversement de Mohamed Moursi et l’arrivée de Sissi au pouvoir.

ACHKAR fait également remarquer que l’absence de forces politiques révolutionnaires organisées sur la scène politique, a contribué aux revers des révolutions. Néanmoins ACHKAR considère que l’organisation du mouvement ouvrier en Tunisie a été capitale, empêchant de fait, le pays de tomber dans une situation similaire à la situation égyptienne ; aussi, ce point précis marque-t-il, selon ACHKAR, une supériorité tunisienne aux dépens des autres pays touchés par la vague de soulèvement, notamment l’Egypte considéré comme l’Etat le plus grand.

Pour ce qui concerne le cas syrien, ACHKAR estime que la révolution qui a démarré de façon pacifique, n’a pas pu poursuivre cette voie jusqu’à la fin, vue la violence barbare avec laquelle le Régime Syrien l’a contrée, et bien que la révolution en Syrie ait éclaté pour des raisons politiques, économiques et sociales similaires à celles qui avaient déclenché la vague du Printemps arabe dans les autres pays ; ACHKAR note ici le rôle que les forces de la jeunesse et la génération jeune ont joué aux débuts de cette mobilité, à travers l’utilisation des réseaux sociaux et des technologies modernes pour coordonner les actions de soulèvement et leurs activités, ainsi que pour assurer leur couverture médiatique.

ACHKAR attribue la situation actuelle en Syrie et l’état présent de la révolution, à l’absence de forces progressistes organisées et capables de conduire à long terme le parcours révolutionnaire sur la scène de l’action politique. Situation à laquelle il faut ajouter la volonté des forces de l’opposition basées à l’étranger, de s’investir dans la voie de la mobilité pour neutraliser le rôle de la jeune génération qui, selon ACHKAR, a commis une erreur en s’alliant avec ces forces et en leur confiant le commandement de l’opération politique.

Aussi fait-il également remarquer l’erreur commise par l’ensemble des forces progressistes, en s’alliant avec les Frères Musulmans et le Qatar, donnant de fait l’opportunité aux forces politiques réactionnaires d’occuper le devant de la scène et de consolider leur présence en s’appuyant sur leur position sectaire vis-à-vis du Régime qui a contribué de son côté, au renforcement de leur présence et de leur existence en tant que concurrent sur la scène syrienne. Chose qui a occulté le rôle de l’opposition démocratique, dans ce contexte programmé par le Régime défigurant ainsi l’image de la révolution et des forces de l’opposition politique, démocratique et progressiste.

De plus, ACHKAR affirme que ce qui se passe en Syrie constitue l’exemple le plus clair, de la force avec laquelle les Régimes arabes s’agrippent au pouvoir et ne le confient pas aussi facilement que le grand public avait pensé suite au désistement de Ben Ali et de Moubarak.

ACHKAR note le danger de « l’Etat profond » en Syrie, représenté par l’armée, elle-même dominée par une famille qui a mené la Syrie à un régime héréditaire républicain.

Néanmoins, ACHKAR insiste également sur l’importance de créer une coalition des forces révolutionnaires progressistes, capable de prendre une position unique, claire et à équidistance du régime, et des forces réactionnaires religieuses ; considérant qu’une telle coalition sera susceptible de modifier le rapport de force. Enfin, ACHKAR estime que les revers dont les révolutions du printemps arabe font objet, ne les privent pas de l’acte révolutionnaire qui a besoin de longues décennies avant de pouvoir aboutir à un régime politique stable. Il cite à cet effet les révolutions française et anglaise, qui ont connu plusieurs phases avant de pouvoir établir des régimes politiques stables. La poursuite de leur processus révolutionnaire n’avait jamais pour autant, été ignorée; c’est précisément ce que vivent actuellement les Etats du printemps arabe.

version en arabe : الانتفاضات العربية بين الثورة والثورة المضادة مع جلبير أشقر – عمر الأسعد



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